Morija(espace)
Interview de Mikaël Amsing et Benjamin Gasse

De retour du Burkina Faso, Mikaël Amsing, directeur de Morija, et Benjamin Gasse, chargé de projets, témoignent des progrès enregistrés dans le programme WASH Burkina et du succès de la 6ème mission de chirurgie orthopédique.

Après un voyage de trois semaines au total à eux deux au Burkina Faso, Mikaël Amsing et Benjamin Gasse se prêtent au jeu des questions-réponses.

Question (Q) : En quoi ces voyages sur le terrain sont-ils nécessaires ?
Mikaël : Ils le sont, car nous avons la responsabilité du bon usage des dons qui nous sont confiés et nous devons nous porter garants de la qualité de nos projets vis-à-vis de nos donateurs.
Ces visites sont aussi nécessaires pour maintenir une relation d’'amitié avec nos collaborateurs sur place, mais aussi pour renforcer les compétences de tous ceux qui travaillent au sein de nos projets.
Benjamin : Rien ne vaut le contact personnel, possible seulement lors de nos visites. Et puis, faire la route avec eux, mieux comprendre leurs difficultés, les obstacles auxquels ils sont confrontés, nous font progresser nous aussi.
Mikaël : Oui, ce que relève Benjamin est vrai. C’est seulement lorsque nous vivons les  difficultés qui sont les leurs, comme les coupures d’électricité, ou la chaleur ambiante qui empêche les ordinateurs de fonctionner ou encore les routes en très mauvais état, que nous pouvons apprécier à sa juste valeur leur investissement à nos côtés.

Q : Quels étaient les buts de votre voyage ?
Mikaël : Je suis parti le premier pour préparer la mission de chirurgie orthopédique qui démarrait quelques jours après mon arrivée, de façon à ce que les chirurgiens suisses soient tout de suite opérationnels à leur arrivée. J'’ai également affiné le modèle de facturation du bloc opératoire, en tenant compte que nous voulons à tout prix offrir des prix ‘sociaux’, voire la gratuité, pour les plus démunis des patients.
Benjamin : Nous avons pu également organiser structurellement le programme WASH (Eau-Assainissement-Hygiène) et travailler ensemble sur un plan comptable. De même, nous avons réfléchi ensemble avec Issaka (ndlr : le responsable burkinabè de ce projet) au suivi des activités ; nous avons également rencontré les animateurs et le superviseur du volet ‘hygiène’, à qui nous avons exposé les valeurs et la mission de Morija, en plus des aspects techniques.
Mikaël : Nous avons aussi travaillé aux critères de sélection des villages bénéficiaires de ce projet, puis rencontré le Directeur régional de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques, car nous tenons à ce que notre projet s'’inscrive dans les objectifs que se sont fixées les autorités politiques du Burkina.
Benjamin : Nous refusons de faire du développement ‘à la bonne franquette’. Nous voulons en effet que nos actions respectent un plan cohérent à tous niveaux. Il faut se rappeler que seul 0.8% de la population a accès à un assainissement dans la Région de l’'Est, où se déroule notre programme WASH. C’'est dire l’'urgence de celui-ci.

Q : Parlez-nous de cette mission de chirurgie orthopédique.
Mikaël : Les chirurgiens ont opéré 28 patients, essentiellement d’'ostéomyélite (infection d’'un os). Il faut dire qu’'Albert Zongo, directeur du Centre pour handicapés, avait fait un appel à la radio locale pour inviter les malades souffrant d’ostéomyélite à venir au Centre pour se faire ausculter, voire opérer. Ils ont été nombreux à y répondre.
Benjamin : Pour les chirurgiens, c’était clairement la meilleure des 6 missions menées jusqu’'à aujourd’hui. Pour la première fois d’ailleurs, nous avons pu mettre à leur disposition deux salles d’opération, car tout était en place pour mener simultanément deux interventions.
Mikaël : Pendant notre visite, nous avons engagé une infirmière burkinabè ; un garçon de salle va bientôt rejoindre l'’équipe. Nous cherchons encore un chef de bloc. C’est un de nos objectifs de travailler avec des Burkinabè.
Pour l’'heure, les relations entre les médecins suisses et le personnel local sont excellentes. J’'apprécie la grande liberté de ton et la volonté de dialogue entre le Dr Hugli et Albert Zongo, le directeur du Centre. C’est un signe très encourageant de cette interculturalité que je défends.

Q : Ce bloc opératoire n’'est-il pas un luxe ?
Mikaël : Laissez-moi vous raconter l’histoire d'’un homme, que j’ai rencontré durant mon séjour. Il souffrait d’une infection au tibia. Venu consulter une première fois, il a préféré écouter le devin de son village… Résultat : lorsqu'’il est revenu au Centre, il a fallu malheureusement l’'amputer. C’est dire combien les prestations de ce Centre sont nécessaires.
Benjamin : Il l’'est d’'autant plus qu’'il est le seul à offrir un panel de services et de soins qui va du diagnostic jusqu’'à la rééducation du patient, en passant si nécessaire par la salle d’'opération. Grâce à lui, les malades ont toute une palette de soins au même endroit. Et c’'est un avantage indéniable, sachant que parfois, l’'entier de leur traitement peut prendre plusieurs mois.

Q : Quels aspects positifs retirez-vous de votre séjour au Burkina Faso ?
Benjamin : La mission chirurgicale a été une vraie réussite. Le programme WASH, de son côté, répond à des besoins criants ; il est vraiment adapté à une région très aride et vraiment pauvre en termes d’'accès à l'’eau potable et à l’'assainissement. A mon avis, le volet ‘hygiène’ sera la clé de la réussite. C'’est pourquoi nous allons mettre un accent particulier à la sensibilisation, notamment auprès des écoliers. Je relève, dans le même sens, que nous allons construire dans chaque école sélectionnée 4 blocs de latrines et un dispositif de lavage des mains.
Mikaël : Au-delà des aspects positifs, je pense aux bénéficiaires de nos projets. D’'avoir pu les rencontrer m’'a démontré à quel point l’'aide que nous leur apportons est précieuse.

Q : Quelles sont les images qui vous restent en tête ?
Benjamin : Une femme m'’a particulièrement marqué. Elle venait d'’être opérée et, lors de la visite du matin du Dr Dominique Hugli, elle apprend de sa bouche qu'’il va bientôt rentrer en Suisse. J'’ai vu son visage s'’assombrir et une grande tristesse l’'envahir. Pour moi, c’était mieux que des mots pour dire toute sa reconnaissance.
Mikaël : Ce sont tous ces visages des personnes opérées, ces visages qui s’'ouvrent…. J’ai en mémoire en particulier le souvenir d0’une femme, Awa (voir notre journal de janvier 2012, p. 8), et son regard lumineux et rayonnant alors qu’0elle me montrait les radios de ses deux hanches autrefois en fort mauvais état. Sa joie à elle, leur joie à tous, est un formidable moteur pour tout ce que nous entreprenons jour après jour.

Propos recueillis par Jean-Pierre Desarzens le 2 mars 2012.


 

 

En savoir + :

Projet Bloc opératoire  

Programme WASH Burkina 






  

 


 


Mikaël et Benjamin en compagnie
de l'équipe d'animation
du programme WASH Burkina
Visite au CREN de Ouagadougou
 
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